Dans le cadre de ses activités de professeur émérite au Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie (LLCP) de l’Université Paris 8, dont elle est membre en qualité de professeur émérite, Antonia Soulez anime, d’octobre 2017 à janvier 2018, une série de cinq séminaires extérieurs au Collège international de philosophie (CIPh), à Paris, sur le thème « Grammaire, langage et institution ».

Texte de présentation

Ce projet parti d’une lecture de Wittgenstein sur le langage « dans le contexte de nos institutions » (Recherches Philosophiques §§ 337, 380, 540) veut mettre en évidence l’idée d’une conception du langage à l’échelle de l’usage public qui « nous » engage, compte tenu des dérives possibles entraînées par des phénomènes d’aliénation sémantique en particulier celui de la croyance sous influence et des préjugés inscrits dans nos modes de représentation.

Il soutient l’hypothèse que ce que Husserl a qualifié de « crise » de la rationalité dans les sciences européennes réclame une solution autre qu’un retour aux fondements de la rationalité à l’appel grec des « choses mêmes ». Plutôt qu’une solution idéaliste à la « crise », il propose une analyse critique de l’idéalisation comme symptôme dont une forme de déréalisation est responsable, qui résulte d’une dissociation entre pensée et langage. Il invite à repenser l’articulation du langage et de la pensée en resituant celle-ci dans le site de nos institutions.

Cependant, l’idéalisation n’est pas le seul symptôme. Attentif à la vie de l’usage du langage en cité, Wittgenstein met le doigt sur d’autres dérives liées à des formes de domination invisible affectant l’expression. Dans cette perspective, deux « politiques du langage », qu’on dira démocratique et élitiste, se dessinent chez lui au début des années trente dans des textes tels qu’une Dictée, « Philosophie », et une section du manuscrit du Big Typescript.

Fort de l’apport de la critique viennoise du langage, jointe à l’action transformatrice de la « grammaire philosophique » attachée à détecter la forme linguistique de nos préjugés dans des processus d’idéalisation, ce projet mobilise aussi des éléments venus de l’anthropologie et de la psychanalyse propres à ressaisir la pathologie de l’homme en groupe. Sous le nom de « penser collectif » (L. Fleck), des vues divergentes se laissent distinguer qui invitent au-delà d’un « accord dans le langage » qui ne soit pas simplement d’opinion (ainsi dans la science), à une critique des médias avant la lettre comme à projeter une lumière sur la fascination par des « chefs » (ainsi le terrorisme).

Dates et thèmes des séances

Séance du mercredi 18 octobre 2017
Séance consacrée au projet d’ensemble portant sur l’aliénation sémantique.
Confrontation des deux faces de la « politique du langage » de Wittgenstein, tirées du Big Typescript, 1933 et des Dictées à Waismann et pour Schlick.

Séance du mercredi 15 novembre 2017
Diffusion et commentaire de documents sur la double « politique du langage » chez Wittgenstein. Discussion sur les différents sens d’« institution » à partir d’une remarque de Wittgenstein selon laquelle le langage doit être considéré « dans le contexte de nos institutions » (Recherches Philosophiques § 337, § 380, § 540).
Lecture : article d’Antonia Soulez L’aliénation sémantique, paru en mai 2017 dans la revue en ligne Implications philosophiques.

Séance du mercredi 13 décembre 2017
Examen de la question des rapports entre institution et musique, au carrefour de l’école de Francfort et du Cercle de Vienne. Qui est « nous » pour Adorno et Wittgenstein ? Peut-on aborder la question de l’aliénation du langage à travers la critique viennoise du langage (Karl Kraus, important pour Adorno comme pour Wittgenstein) à la lumière de l’argument adornien de la réification ?
Invité : Stefano Oliva, Università di Roma Tre, Italie, sur le thème « Immédiateté et contexte d’usage : le geste musical entre Wittgenstein et Berio ».

Séance du mercredi 10 janvier 2018
Rappel du statut du « nous » chez Wittgenstein (Fiches, § 173) et Adorno (« Chaque son dit nous »).

Séance du mercredi 31 janvier 2018
Invitée : Geneviève Brykman, professeur émérite à l’Université Paris Nanterre, sur le thème « Des pièges du langage à l’âge classique (Locke et Berkeley) ».

Liens

Page mise à jour le 22 janvier 2018